La gigantesque machine à conquête
occidentale qu'on a vu à l’œuvre en Irak ou plus récemment en
Libye est de nouveau en marche. Cette fois-ci la cible en est la
Syrie. Ce pays paie au prix fort sa proximité géographique et
politique avec l'Iran,son soutien à des mouvements palestiniens,et
son rôle au Liban. Il semble clair cependant que dans cette affaire
la Syrie ne constituerait qu'un dommage collatéral,la cible ultime
étant l'Iran.
La Syrie connait des troubles graves.
Des conflits ethniques et religieux inextricables secouent certaines
régions de l'Est du pays. On y décrit des scènes de répressions
horribles contre des civils. On y dénombrerait plus de 5000
victimes. Selon quelles sources ? Il n'en existe qu'une: la
Fédération Syrienne des Droits de l'Homme. Elle est contrôlée par l'opposition à Bachar El Assad. Elle constitue l'unique source
d' "informations" autant pour les agences de presse
occidentales et les réseaux sociaux que pour la Fédération
Internationale des Droits de l'Homme qui rend elle même compte à
l'ONU. Vous comprendrez pourquoi lesdites " informations " sont à prendre avec de grandes précautions même si les médias
nous les assènent avec régularité et intensité dans le cadre de
la campagne de dénigrement du régime syrien.
Depuis moins d'un mois,il est question
d'une Armée de Libération de la Syrie. Ce qui laisse supposer que
les affrontements opposent cette dernière avec l'armée régulière.
Les victimes ne sont donc pas des civils. D'autant plus qu'on apprend
que cette armée de libération est soutenue en matériel et en
encadrement par l'Occident via la Turquie. Des sous-officiers
français y participeraient directement. Dès cet été des
représentants de l'opposition syrienne ont été reçu à Paris par
Bernard-Henry-Lévy et Jack Lang. Visiblement Sarkozy ne s'est pas
contenté de cette « reconnaissance diplomatique ». Cet
aspect là de la question interpelle. Au nom de quoi la France
intervient-elle dans ce qui relève strictement d'une affaire
intérieure syrienne ? Sous quel mandat agit-elle ainsi ?
Qu'on ne vienne surtout pas parler de
démocratie. Évoquer l'absence de démocratie en Syrie et y envoyer
les pays de la Ligue Arabe en redresseur de tort relève d'un cynisme
sans fond. Nous savons tous ce qu'il en est de la pratique
démocratique dans ces monarchies du Golf: au dessous du niveau
zéro. Ils roulent dans l'or des pétro-dollars,mais sont restés à
un niveau moyen-ageux du droit. Et un an après le début de ce que
l'on appelle « le printemps arabe »,on assiste en Égypte
à une radicalisation du pouvoir détenu par l'armée. La violence
quotidienne fait des victimes civils par dizaines. Le pouvoir
militaire cherche à confisquer la révolution populaire en faisant
tirer sur la foule au vu et au su de tous,les médias internationaux
étant présents sur place. Curieusement on n'entend nul part la
moindre condamnation de cette violence qu'un pouvoir exerce contre
son propre peuple. Les éditocrates si sévères contre la la Libye
hier et la Syrie aujourd'hui font preuve de retenue. Même pas
l'ombre d'une inquiétude formulée par ladite Ligue Arabe. Silence
complet de l’Élysée,de BHL et de Jack Lang.
Ce qui fût peut-être le début d'un
soulèvement légitime national et populaire contre un régime
dictatorial en Syrie est en train de devenir une guerre d'agression
et de destruction d'un pays indépendant comme ce fut le cas en Irak
ou en Libye. L'espoir des égyptiens de retrouver démocratiquement
leur fierté de peuple libre après s'être débarrassé du pantin
américain Hosni Moubarack se heurte aux armes du pouvoir militaire
dans une indifférence quasi générale. Dans le nouveau cycle de
notre Histoire qui s'ouvre,des intérêts géo-politiques non
avouables ont la priorité : la Syrie comme l'Égypte doivent
rester sous contrôle occidental. Le combat noble entamé par ces
peuples pour leur liberté est dévoyé par des forces étrangères
au profit de leurs intérêts particuliers. Ce qui me révolte
singulièrement c'est que ce sont ces même dirigeants-là qui
aujourd'hui rendent hommage à Vaclav Havel pour le combat qu'il a
mené de son vivant pour la liberté et la démocratie en Europe de
l'Est qui la foulent aux pieds activement et sans état d'âme
ailleurs dans le monde.
Ainsi en va-t-il des prédateurs
tenants du pouvoir. Au début du 19°siècle,la colonisation a été
légitimée par le savoir et les sciences. Il fallait apporter la " lumière "au " pays des ténèbres ".
On connait la suite. Dans les années 60 il fallait " récompenser " les pays qui ont participé à la libération de l'Europe du nazisme.
S'en est suivi une vague d'indépendance de nations africaines
aussitôt rattachées à l'ancien pays colonisateur par des " accords
de coopération " et un " plan Marshall " via
le FMI. Un demi siècle plus tard,aucun de ces pays n'est sorti de
son sous-développement. Le cas actuel de la Côte-d'Ivoire présentée
alors comme un pays modèle illustre parfaitement cette politique de
main-mise sur un pays par une puissance néo-coloniale. Aujourd'hui,à
l'ère de la modernité,on avance le droit,la démocratie comme alibi
d'intervention pour contrôler un pays. Les nantis avancent toujours
derrière l'étendard de la bonne cause.
La Syrie va donc tomber. Ce n'est plus
qu'une question de temps. Sauf pression extraordinaire de l'opinion
publique,ce dont j'en doute,son sort en est jeté. Les Egyptiens se
verront voler leur révolution. Mais il faudrait que cela s'arrête
là. On touche à un autre côté pervers de la mondialisation. A la
libre circulation des personnes des biens et des idées a suivi la
quasi liberté de circulation des armées en fonction uniquement des
intérêts propres des puissances au détriment de celui des peuples.
La permissivité des frontières a trouvé une limite de plus qui
légitimerait pleinement le retour aux frontières nationales et le
respect de la non immixtion dans les affaires nationales d'un pays
donné. Je reste persuadé que la démocratie aéroportée telle
qu'elle est pratiquée actuellement n'a aucune valeur pour les
peuples à qui on l'offre. C'est le pire des cadeaux qu'on puisse leur faire. La plus belle des démocraties,la seule qui vaille est celle
que le peuple conquiert par son propre combat.

Les 4 printemps
RépondreSupprimerVous voulez vraiment m'interroger sur le printemps arabe, savoir s'il s'agit d'une énorme machination ou d'une révolution selon la norme si je puis dire?
C'est difficile... parce que je ne voudrai pas rajouter de la bêtise à la bêtise. Certains auteurs s'accordent à dire qu'il s'agit d'une conspiration, d'une révolution programmée pour ne pas dire annoncée, et à vrai dire je ne suis pas loin de leur emboiter le pas mais je dis attention tout de même ! La paranoïa n'est pas bien loin!
Et je préfère pour ma part, parler d'opportunisme plutôt que de conspiration, de récupération plutôt que de complot, de calculs plutôt que de scénario... parce qu'il y a pas plus complexe que les choses simples. Le printemps arabe comporte les 4 saisons !
http://www.lejournaldepersonne.com/2011/12/les-4-printemps/