Deux attentats meurtriers en moins d'un
mois comme pour marquer le passage à une nouvelle étape de la crise
syrienne en ce début d'année. Ils font suite à l'inflation
d'accusations non vérifiées mais reprises en boucle par nos médias
unanimes : 5000 victimes laissant supposer un pays dont la
population se soulèverait en masse contre un dictateur réprimant
dans le sang la soif légitime de son peuple à plus de liberté.
J'ai déjà eu l'occasion de dénoncer dans des billets récents
cette désinformation dont le but est de préparer l'opinion à une
future intervention militaire dans ce pays. La guerre humanitaire,la
défense de la démocratie ne sont que des alibis. La question qui se
pose aujourd'hui serait de savoir si cette intervention est mûre et
si Sarkozy serait prêt à y participer.
Revenons rapidement sur la raison
principale de cette fixation dont le régime de Bachar El Assad fait
l'objet de la part de l'Occident. En terme de géopolitique,le
Moyen-Orient a été le centre du monde,dans l'axe Est-Ouest comme
dans l'axe Nord-Sud. Durant la guerre froide,la stratégie du bloc
occidental fut de contrôler au mieux cette partie du monde. La chute
du Mur de Berlin n'a pas bouleversé cette donne. Depuis lors le sort
des pays de cette zone est simple : Soit ils sont vassalisés
par les USA à l'image des monarchies de l'Arabie Saoudite ou de la
Jordanie,soit ils sont «ramenés au moyen âge manu
militari",selon l'expression de M. Albright ancienne
secrétaire d'état. Ils ne doivent représenter aucune menace
potentielle ou imaginaire pour la main mise occidentale sur cette
partie du monde. Tel fut le cas de l'Irak et de l'Afghanistan.
Seuls pays du Moyen-Orient refusant de
rentrer dans ce moule néo-colonial l'Iran et la Syrie. Leur
politique d'indépendance nationale,leur soutien aux mouvements de
libération de la Palestine et la politique nucléaire de Téhéran
sont perçus comme une menace pour la Pax Américana. Leur proximité
politique et géographique et surtout leur adhésion à l'Alliance de
Shangaï,organisation créée par la Chine pour servir ses ambitions
de nouvelle superpuissance émergente,les ont définitivement
condamné aux yeux de l'occident. Même si en contre partie ils
bénéficient du soutien de Pékin et de Moscou,l'OTAN fera tout pour
aller au bout de sa logique: Ces deux nations doivent être soumises
à court terme.
La «campagne de Syrie» est donc
entrée dans une nouvelle phase. Peut-être l'avant dernière. La
surenchère médiatique pour discréditer le régime continue. Les
sanctions financières et économiques s'amplifient. Maintenant on
sait qu'une armée de libération de la Syrie existe officiellement.
Elle est opérationnelle. Certaines sources avancent qu'elle a été
formée par la CIA,le MI6 et les services spéciaux israéliens dans
la base aérienne de Mafraq. A la frontière avec le Liban,des
instructeurs français les initieraient à l'utilisation d'armement
made in France. L'Iran a parfaitement compris que derrière la
déstabilisation de la Syrie c'est lui qui est visé et qu'il
constitue la cible ultime. Sentant la menace se préciser,les
iraniens se préparent à l'affrontement,organisent une manœuvre
militaire avec les russes dans le détroit d'Ormuz. Les Américains y
envoient un porte-avions. On apprend ce soir que les britanniques
font de même.
Sur le plan politique,les américains
s'apprêtent à remettre en scelle les Frères Musulmans,ces
intégristes islamistes que les occidentaux ont tant décrié à une
époque. Il est vrai que la CIA s'y connait dans ce genre de
manipulation: Ben Laden est un pur produit de leur
laboratoire...Reste la question diplomatique,celle du véto
sino-russe contre une intervention militaire sous l'égide de l'ONU.
On envisage donc de le contourner en évoquant un précédent :
L'intervention en Corée en 1950. L'article 51 autorise l'autodéfense
et peut être voté à la majorité. Cela nécessite la
reconnaissance d'un pouvoir unique comme étant légal. C'est
pratiquement un détail. Tout semble être en place pour le dernier
acte,Londres a même fait fuiter un plan d'invasion de la Syrie dans
la presse,histoire de faire monter la pression.
Nicolas Sarkozy n'a rien de positif à
avancer dans le bilan de son quinquennat. Les Français ne s'y sont
pas trompés,70% d'entre eux le juge négatif. Effectivement, aucune
des réformes qu'il a entreprises n'a abouti aux résultats qu'il
avait promis. La dette mine l'économie,la croissance est en berne,le
chômage atteint des sommets. La succession prévisible de plans
d'austérité avec la perte annoncée de notre triple A nous promet
la récession. En cette période pré-électorale l'état-major de
l'UMP est en panne d'idée,de perspective,de rêves. La crise de la
dette européenne ne trouve pas de solution. Sarkozy en a pourtant
fait une affaire quasi-personnelle. Une sortie de crise sous sa
direction aurait été pour lui la garantie d'une réélection. La
communication du président-candidat n'arrive plus à masquer
l'évidence: Affaiblie par l'échec de la politique sociale et
économique intérieure qu'il lui a infligée,la France en déclin ne
fait plus le poids dans les sommets européens face à
l'intransigeance d'une Allemagne devenue plus puissante
économiquement,dirigée par une Angela Merkel soutenue par toute sa
droite. Isolé en Europe,Sarkozy en est arrivé à vouloir faire
cavalier seul pour mettre en œuvre une mesure qu'il a toujours
dénoncée : taxer la finance internationale. Ce revirement
montre à quel point Sarkozy est prêt à tout pour rester au pouvoir
coûte que coûte. Meurtri par tous ses échecs,menacé par
l'évolution des enquêtes sur les scandales financiers dont
l'affaire de Karachi qui a fait treize victimes français et qui se
rapprochent de plus en plus de l’Élysée,il doit rêver au plus
profond de lui-même de trouver une issue par le haut,une solution
magistrale pour se faire réélire qui soit à la hauteur de l'image
qu'il se fait à tort de lui même: grandiose.
Je n'irais pas jusqu'à avancer que cet
homme soit fou. Quelque chose dans sa psychologie est à tout le
moins troublant. La perspective de mettre un pied en Syrie ne lui
déplairait pas. Il serait tout à fait capable de supposer que
participer à une opération militaire sous mandat de l'ONU pour
défendre la liberté et la démocratie en Syrie et en Iran
contribuerait à améliorer son image auprès de l'opinion
française,donc augmenter ses chances de réélection. La faisabilité
de cette hypothèse est certainement à l'étude. Quelques
indices:Les réactions officielles de la France montent en intensité
avec le temps,accompagnant en cela la campagne de presse diabolisant
le régime syrien. L'ambassadeur de France auprès de l'ONU utilise
de plus en plus un langage de moins en moins «diplomatique» à
l'égard de la Syrie. Alain Juppé,ministre des affaires
étrangères,ne mâche pas non plus ses mots à l'encontre de la
Russie et son droit de véto en accusant récemment le conseil de
sécurité d'irresponsabilité par rapport aux « meurtres de
civils. » Le président de la république en personne déclarait
il y a de cela une dizaine de jours que « les massacres
[de civils] suscitent écœurement et révolte ». Enfin le
Figaro International testait l'opinion cette semaine dans un article
où il annonçait que la question de l'intervention militaire n'est
plus taboue.
En tant que citoyen de gauche je ne
peux souscrire à l'internationalisation de cette crise. D'abord pour
des raisons d'éthique. Jouer la division interne ethnique et
confessionnelle pour monter tout le monde contre tout le monde dans
le but d'affaiblir une nation est indigne. Faire subir à la Syrie et
à l'Iran le même sort que l'Irak et l'Afghanistan pour les besoins
de la politique régionale de l'occident est immoral car ce sont les
peuples de ces nations qui paient au prix fort. Faire tout cela au
nom de la défense de la liberté et de la démocratie et la pire des
mensonges politiques car ce sont les peuples de l'occident que l'on
manipule et que l'on trompe de manière éhontée. C'est une insulte
à la démocratie qui est impardonnable.
Ensuite pour des raisons politiques.
Une intervention militaire de l'OTAN déstabiliserait toute la
région,voire le monde vue l'importance des enjeux. La Russie et la
Chine ne resteront pas inactives. D'autre part,sur le plan
strictement national,la France n'a plus les moyens économiques de
s'offrir une guerre pour satisfaire le désir présidentiel de se
voir reconduit dans ses fonctions. D'autres l'ont peut-être
fait,mais la France n'est pas l'Amérique.
Enfin reste la question de la
démocratie dans ces pays du Moyen-Orient qui est réelle. Elle
concerne tout aussi bien l'Iran et la Syrie,que l’Égypte ou les
monarchies pétrolières du golf. Nous avons le devoir de soutenir
les peuples en lutte pour la démocratie. Mais cela doit relever de
chaque nation. La démocratie aéroportée n'a jamais apporté de
solution nul part dans le monde. Le Mur de Berlin est tombé sans
qu'aucun coup de feu n'ait été tiré. Comme quoi la plus belle des
démocraties est celle que les peuples conquièrent au prix de leurs
propres luttes. Quelles que soient les intentions du candidat Nicolas
Sarkozy dans cette partie du monde,il doit le comprendre avant d'engager la France dans une aventure à la libyenne qui n'honorerait ni sa personne,ni la démocratie ni la France.

La situation était déjà insupportable avant, maintenant avec le blackout de la présidentielle, le silence devient coupable... merci pour ton billet.
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