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dimanche 8 janvier 2012

La Syrie de Bachar El Assad: ultime alibi du candidat SARKOZY ?



   Deux attentats meurtriers en moins d'un mois comme pour marquer le passage à une nouvelle étape de la crise syrienne en ce début d'année. Ils font suite à l'inflation d'accusations non vérifiées mais reprises en boucle par nos médias unanimes : 5000 victimes laissant supposer un pays dont la population se soulèverait en masse contre un dictateur réprimant dans le sang la soif légitime de son peuple à plus de liberté. J'ai déjà eu l'occasion de dénoncer dans des billets récents cette désinformation dont le but est de préparer l'opinion à une future intervention militaire dans ce pays. La guerre humanitaire,la défense de la démocratie ne sont que des alibis. La question qui se pose aujourd'hui serait de savoir si cette intervention est mûre et si Sarkozy serait prêt à y participer.

   Revenons rapidement sur la raison principale de cette fixation dont le régime de Bachar El Assad fait l'objet de la part de l'Occident. En terme de géopolitique,le Moyen-Orient a été le centre du monde,dans l'axe Est-Ouest comme dans l'axe Nord-Sud. Durant la guerre froide,la stratégie du bloc occidental fut de contrôler au mieux cette partie du monde. La chute du Mur de Berlin n'a pas bouleversé cette donne. Depuis lors le sort des pays de cette zone est simple : Soit ils sont vassalisés par les USA à l'image des monarchies de l'Arabie Saoudite ou de la Jordanie,soit ils sont «ramenés au moyen âge manu militari",selon l'expression de M. Albright ancienne secrétaire d'état. Ils ne doivent représenter aucune menace potentielle ou imaginaire pour la main mise occidentale sur cette partie du monde. Tel fut le cas de l'Irak et de l'Afghanistan.
   Seuls pays du Moyen-Orient refusant de rentrer dans ce moule néo-colonial l'Iran et la Syrie. Leur politique d'indépendance nationale,leur soutien aux mouvements de libération de la Palestine et la politique nucléaire de Téhéran sont perçus comme une menace pour la Pax Américana. Leur proximité politique et géographique et surtout leur adhésion à l'Alliance de Shangaï,organisation créée par la Chine pour servir ses ambitions de nouvelle superpuissance émergente,les ont définitivement condamné aux yeux de l'occident. Même si en contre partie ils bénéficient du soutien de Pékin et de Moscou,l'OTAN fera tout pour aller au bout de sa logique: Ces deux nations doivent être soumises à court terme.

   La «campagne de Syrie» est donc entrée dans une nouvelle phase. Peut-être l'avant dernière. La surenchère médiatique pour discréditer le régime continue. Les sanctions financières et économiques s'amplifient. Maintenant on sait qu'une armée de libération de la Syrie existe officiellement. Elle est opérationnelle. Certaines sources avancent qu'elle a été formée par la CIA,le MI6 et les services spéciaux israéliens dans la base aérienne de Mafraq. A la frontière avec le Liban,des instructeurs français les initieraient à l'utilisation d'armement made in France. L'Iran a parfaitement compris que derrière la déstabilisation de la Syrie c'est lui qui est visé et qu'il constitue la cible ultime. Sentant la menace se préciser,les iraniens se préparent à l'affrontement,organisent une manœuvre militaire avec les russes dans le détroit d'Ormuz. Les Américains y envoient un porte-avions. On apprend ce soir que les britanniques font de même.
   Sur le plan politique,les américains s'apprêtent à remettre en scelle les Frères Musulmans,ces intégristes islamistes que les occidentaux ont tant décrié à une époque. Il est vrai que la CIA s'y connait dans ce genre de manipulation: Ben Laden est un pur produit de leur laboratoire...Reste la question diplomatique,celle du véto sino-russe contre une intervention militaire sous l'égide de l'ONU. On envisage donc de le contourner en évoquant un précédent : L'intervention en Corée en 1950. L'article 51 autorise l'autodéfense et peut être voté à la majorité. Cela nécessite la reconnaissance d'un pouvoir unique comme étant légal. C'est pratiquement un détail. Tout semble être en place pour le dernier acte,Londres a même fait fuiter un plan d'invasion de la Syrie dans la presse,histoire de faire monter la pression.

   Nicolas Sarkozy n'a rien de positif à avancer dans le bilan de son quinquennat. Les Français ne s'y sont pas trompés,70% d'entre eux le juge négatif. Effectivement, aucune des réformes qu'il a entreprises n'a abouti aux résultats qu'il avait promis. La dette mine l'économie,la croissance est en berne,le chômage atteint des sommets. La succession prévisible de plans d'austérité avec la perte annoncée de notre triple A nous promet la récession. En cette période pré-électorale l'état-major de l'UMP est en panne d'idée,de perspective,de rêves. La crise de la dette européenne ne trouve pas de solution. Sarkozy en a pourtant fait une affaire quasi-personnelle. Une sortie de crise sous sa direction aurait été pour lui la garantie d'une réélection. La communication du président-candidat n'arrive plus à masquer l'évidence: Affaiblie par l'échec de la politique sociale et économique intérieure qu'il lui a infligée,la France en déclin ne fait plus le poids dans les sommets européens face à l'intransigeance d'une Allemagne devenue plus puissante économiquement,dirigée par une Angela Merkel soutenue par toute sa droite. Isolé en Europe,Sarkozy en est arrivé à vouloir faire cavalier seul pour mettre en œuvre une mesure qu'il a toujours dénoncée : taxer la finance internationale. Ce revirement montre à quel point Sarkozy est prêt à tout pour rester au pouvoir coûte que coûte. Meurtri par tous ses échecs,menacé par l'évolution des enquêtes sur les scandales financiers dont l'affaire de Karachi qui a fait treize victimes français et qui se rapprochent de plus en plus de l’Élysée,il doit rêver au plus profond de lui-même de trouver une issue par le haut,une solution magistrale pour se faire réélire qui soit à la hauteur de l'image qu'il se fait à tort de lui même: grandiose.
   Je n'irais pas jusqu'à avancer que cet homme soit fou. Quelque chose dans sa psychologie est à tout le moins troublant. La perspective de mettre un pied en Syrie ne lui déplairait pas. Il serait tout à fait capable de supposer que participer à une opération militaire sous mandat de l'ONU pour défendre la liberté et la démocratie en Syrie et en Iran contribuerait à améliorer son image auprès de l'opinion française,donc augmenter ses chances de réélection. La faisabilité de cette hypothèse est certainement à l'étude. Quelques indices:Les réactions officielles de la France montent en intensité avec le temps,accompagnant en cela la campagne de presse diabolisant le régime syrien. L'ambassadeur de France auprès de l'ONU utilise de plus en plus un langage de moins en moins «diplomatique» à l'égard de la Syrie. Alain Juppé,ministre des affaires étrangères,ne mâche pas non plus ses mots à l'encontre de la Russie et son droit de véto en accusant récemment le conseil de sécurité d'irresponsabilité par rapport aux « meurtres de civils. » Le président de la république en personne déclarait il y a de cela une dizaine de jours que « les massacres [de civils] suscitent écœurement et révolte ». Enfin le Figaro International testait l'opinion cette semaine dans un article où il annonçait que la question de l'intervention militaire n'est plus taboue.

   En tant que citoyen de gauche je ne peux souscrire à l'internationalisation de cette crise. D'abord pour des raisons d'éthique. Jouer la division interne ethnique et confessionnelle pour monter tout le monde contre tout le monde dans le but d'affaiblir une nation est indigne. Faire subir à la Syrie et à l'Iran le même sort que l'Irak et l'Afghanistan pour les besoins de la politique régionale de l'occident est immoral car ce sont les peuples de ces nations qui paient au prix fort. Faire tout cela au nom de la défense de la liberté et de la démocratie et la pire des mensonges politiques car ce sont les peuples de l'occident que l'on manipule et que l'on trompe de manière éhontée. C'est une insulte à la démocratie qui est impardonnable.
Ensuite pour des raisons politiques. Une intervention militaire de l'OTAN déstabiliserait toute la région,voire le monde vue l'importance des enjeux. La Russie et la Chine ne resteront pas inactives. D'autre part,sur le plan strictement national,la France n'a plus les moyens économiques de s'offrir une guerre pour satisfaire le désir présidentiel de se voir reconduit dans ses fonctions. D'autres l'ont peut-être fait,mais la France n'est pas l'Amérique.
Enfin reste la question de la démocratie dans ces pays du Moyen-Orient qui est réelle. Elle concerne tout aussi bien l'Iran et la Syrie,que l’Égypte ou les monarchies pétrolières du golf. Nous avons le devoir de soutenir les peuples en lutte pour la démocratie. Mais cela doit relever de chaque nation. La démocratie aéroportée n'a jamais apporté de solution nul part dans le monde. Le Mur de Berlin est tombé sans qu'aucun coup de feu n'ait été tiré. Comme quoi la plus belle des démocraties est celle que les peuples conquièrent au prix de leurs propres luttes. Quelles que soient les intentions du candidat Nicolas Sarkozy dans cette partie du monde,il doit le comprendre avant d'engager la France dans une aventure à la libyenne qui n'honorerait ni sa personne,ni la démocratie ni la France.

1 commentaire:

  1. La situation était déjà insupportable avant, maintenant avec le blackout de la présidentielle, le silence devient coupable... merci pour ton billet.

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