Alain Juppé était à New York où il
a tenté de convaincre Russes et Chinois d'adopter une nouvelle
résolution de l'ONU pour en finir avec le régime de Bachar el Assad
. De retour en France il a tenu un discours à l'IEP de paris pendant
lequel il a dressé ce qui ressemblait fort à un bilan de son action
à la tête du ministère des affaires étrangères. Que des succès:
de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan en passant par la Libye jusqu'à
l'actuelle crise syrienne. Dans cet exercice d'auto satisfaction,ce
gaulliste pur jus est même allé jusqu'à affirmer que le
colonialisme n'existe plus.
Le propre du colonialisme c'est de
toujours se réaliser derrière l'étendard de la bonne cause. Depuis
un certain Bernard Kouchner,cette dernière est résumée dans
l'expression "droit d'ingérence humanitaire" (1)*Elle
consiste à donner aux pays riches l'autorisation de venir au secours
de populations civiles menacées par la famine et/ou la guerre
civile. Cette intervention ne peut avoir lieu que sous mandat de
l'ONU. Or on sait très bien que celle-ci n'est pas un palais de
justice qui chercherait et dirait la vérité. C'est une arène
politique où la vérité des uns affronte la vérité des autres. De
cette épreuve de force politique naitra ou non la légitimité
onusienne du néo-colonialisme.
On a toujours assisté à des
traitements à géométrie variable des souffrances des peuples. La
famine,la guerre civile ou la tyrannie d'un régime n'est pris en
compte qu'en fonction des intérêts des pays nantis qui peuvent
contribuer à y remédier. Ainsi la guerre civile,les déplacements
de populations et les famines qui s'en suivent en Afrique de l'Est
n'ont jamais été la priorité de nos gouvernants. L'absence
structurelle de démocratie dans les monarchies et les émirats du
golf et les pratiques socio-politiques moyenâgeuse qui en découlent
ne heurtent pas autant nos consciences occidentales que la dictature
de Khadafi ou de Bachar El Assad. La réal politique prend systématiquement le dessus sur la souffrance des peuples. Pire,on exploite cette souffrance pour atteindre des buts politiques,géopolitiques ou idéologiques qui n'ont rien à voir avec la source de ces souffrances.
Deux points communs lient l'actualité
récente de l'Afghanistan,de la Côte d'Ivoire et de la Libye. En
amont l'intervention occidental s'est faite sous mandat de l'ONU :
Lutte contre le terrorisme pour le premier suite aux attentats du 11
Septembre 2001. Lutte pour pour protéger les populations civiles et
pour l'instauration de la démocratie pour les deux autres. Les
opinions publiques ont été préparées rationnellement à ces
interventions (2)*. Tous les médias ont joué leur rôle de relais
en diabolisant au mieux les futures victimes. En aval les résultats
ne sont pas au rendez-vous. La France va devoir quitter l'Afghanistan
sous les coups de boutoir des terroristes. Ni la Côte-d'Ivoire(3)*
ni la Libye (4)*ne sont près de retrouver un semblant de réelle
démocratie ou de stabilité politique après l'éviction de Gbagbo
par les soldats français et l'assassinat en bonne et due forme du
colonel Kadhafi.
Aujourd'hui la même tactique est
utilisée à l'encontre de la Syrie. La désinformation est
permanente pour préparer les opinions. Les réseaux sociaux relaient
sans vérification les informations issues d'une source unique: les
opposants au régime (2)*. Les points les plus objectifs du rapport
de la Ligue Arabe sont tus.*(5) Ils contredisent de fait la version
officielle: toutes les victimes de cette guerre civile ne sont pas
uniquement le fait du pouvoir. Les opposants soutenus,formés et
équipés par l'Occident se livrent aussi à des massacres. Alain
Juppé le sait parfaitement. Ce soir encore sur BFM-TV il a martelé
la responsabilité unique de Bachar El Assad en la qualifiant de
crime contre l'humanité. Du coup,il assimile le véto sino-russe à
une complicité criminelle. Je vous laisse vous faire votre avis.
Le couple Sarkozy-Juppé ne disposera
probablement pas de temps pour intervenir directement en Syrie
quelles que soient leurs ambitions coloniales.(6)* La question reste
cependant posée à ceux qui certainement vont leur succéder. Dans
son discours du Bourget,François Hollande a été on ne peut plus
clair: Il a fustigé l'actuel président de la république pour son
immobilisme devant les crimes du régime syrien à l'encontre de
civils. En décodé,il interviendra donc s'il était élu à la tête
de l'état. Je ne suis pas certain qu'il puisse faire l'union de la
gauche sur ce sujet. Ni même l'union de tout le PS.
L'interventionnisme est une question singulièrement clivante au sein
de la gauche et permet de situer les personnalités politiques.
François Hollande a diné récemment
avec BHL. Peu m'importe le côté bling-bling de ce repas. Mais vu
l'activisme du philosophe dans les étranges affaires libyenne et
syrienne quelque chose me dit qu'il a acté la future défaite de
Sarkozy et lui cherche un successeur dans les affaires
internationales qui l'intéressent. Comme tout bon socio-démocrate
orthodoxe,François Hollande n'a certainement pas été indifférent
à la forme de collaboration qui lui a été proposée. De ce point
de vue,Juppé a raison d'être optimiste et de faire dans l'auto
satisfaction. Hollande perpétuera-t-il en Syrie les échecs que Nicolas
Sarkozy a enregistré en Afghanistan,en Libye et en Côte d'Ivoire? Cela serait pour le moins étrange de la part de celui qui se propose
de changer le destin de la France.
(6)*http://www.france-irak-actualite.com/article-syrie-un-ancien-ministre-canadien-accuse-nicolas-sarkozy-96935166.html
http://www.mleray.info/article-syrie-96096598.html

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