Rechercher dans ce blog

Chargement...

dimanche 5 février 2012

Alain JUPPE: l'héritage politique du ministre des affaires étrangères pour François Hollande

 


  Alain Juppé était à New York où il a tenté de convaincre Russes et Chinois d'adopter une nouvelle résolution de l'ONU pour en finir avec le régime de Bachar el Assad . De retour en France il a tenu un discours à l'IEP de paris pendant lequel il a dressé ce qui ressemblait fort à un bilan de son action à la tête du ministère des affaires étrangères. Que des succès: de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan en passant par la Libye jusqu'à l'actuelle crise syrienne. Dans cet exercice d'auto satisfaction,ce gaulliste pur jus est même allé jusqu'à affirmer que le colonialisme n'existe plus.

  Le propre du colonialisme c'est de toujours se réaliser derrière l'étendard de la bonne cause. Depuis un certain Bernard Kouchner,cette dernière est résumée dans l'expression "droit d'ingérence humanitaire" (1)*Elle consiste à donner aux pays riches l'autorisation de venir au secours de populations civiles menacées par la famine et/ou la guerre civile. Cette intervention ne peut avoir lieu que sous mandat de l'ONU. Or on sait très bien que celle-ci n'est pas un palais de justice qui chercherait et dirait la vérité. C'est une arène politique où la vérité des uns affronte la vérité des autres. De cette épreuve de force politique naitra ou non la légitimité onusienne du néo-colonialisme.

  On a toujours assisté à des traitements à géométrie variable des souffrances des peuples. La famine,la guerre civile ou la tyrannie d'un régime n'est pris en compte qu'en fonction des intérêts des pays nantis qui peuvent contribuer à y remédier. Ainsi la guerre civile,les déplacements de populations et les famines qui s'en suivent en Afrique de l'Est n'ont jamais été la priorité de nos gouvernants. L'absence structurelle de démocratie dans les monarchies et les émirats du golf et les pratiques socio-politiques moyenâgeuse qui en découlent ne heurtent pas autant nos consciences occidentales que la dictature de Khadafi ou de Bachar El Assad. La réal politique prend systématiquement le dessus sur la souffrance des peuples. Pire,on exploite cette souffrance pour atteindre des buts politiques,géopolitiques ou idéologiques qui n'ont rien à voir  avec la source de ces souffrances.

  Deux points communs lient l'actualité récente de l'Afghanistan,de la Côte d'Ivoire et de la Libye. En amont l'intervention occidental s'est faite sous mandat de l'ONU : Lutte contre le terrorisme pour le premier suite aux attentats du 11 Septembre 2001. Lutte pour pour protéger les populations civiles et pour l'instauration de la démocratie pour les deux autres. Les opinions publiques ont été préparées rationnellement à ces interventions (2)*. Tous les médias ont joué leur rôle de relais en diabolisant au mieux les futures victimes. En aval les résultats ne sont pas au rendez-vous. La France va devoir quitter l'Afghanistan sous les coups de boutoir des terroristes. Ni la Côte-d'Ivoire(3)* ni la Libye (4)*ne sont près de retrouver un semblant de réelle démocratie ou de stabilité politique après l'éviction de Gbagbo par les soldats français et l'assassinat en bonne et due forme du colonel Kadhafi.

  Aujourd'hui la même tactique est utilisée à l'encontre de la Syrie. La désinformation est permanente pour préparer les opinions. Les réseaux sociaux relaient sans vérification les informations issues d'une source unique: les opposants au régime (2)*. Les points les plus objectifs du rapport de la Ligue Arabe sont tus.*(5) Ils contredisent de fait la version officielle: toutes les victimes de cette guerre civile ne sont pas uniquement le fait du pouvoir. Les opposants soutenus,formés et équipés par l'Occident se livrent aussi à des massacres. Alain Juppé le sait parfaitement. Ce soir encore sur BFM-TV il a martelé la responsabilité unique de Bachar El Assad en la qualifiant de crime contre l'humanité. Du coup,il assimile le véto sino-russe à une complicité criminelle. Je vous laisse vous faire votre avis.

  Le couple Sarkozy-Juppé ne disposera probablement pas de temps pour intervenir directement en Syrie quelles que soient leurs ambitions coloniales.(6)* La question reste cependant posée à ceux qui certainement vont leur succéder. Dans son discours du Bourget,François Hollande a été on ne peut plus clair: Il a fustigé l'actuel président de la république pour son immobilisme devant les crimes du régime syrien à l'encontre de civils. En décodé,il interviendra donc s'il était élu à la tête de l'état. Je ne suis pas certain qu'il puisse faire l'union de la gauche sur ce sujet. Ni même l'union de tout le PS. L'interventionnisme est une question singulièrement clivante au sein de la gauche et permet de situer les personnalités politiques.

  François Hollande a diné récemment avec BHL. Peu m'importe le côté bling-bling de ce repas. Mais vu l'activisme du philosophe dans les étranges affaires libyenne et syrienne quelque chose me dit qu'il a acté la future défaite de Sarkozy et lui cherche un successeur dans les affaires internationales qui l'intéressent. Comme tout bon socio-démocrate orthodoxe,François Hollande n'a certainement pas été indifférent à la forme de collaboration qui lui a été proposée. De ce point de vue,Juppé a raison d'être optimiste et de faire dans l'auto satisfaction. Hollande perpétuera-t-il en Syrie les échecs que Nicolas Sarkozy a enregistré en Afghanistan,en Libye et en Côte d'Ivoire? Cela serait pour le moins étrange de la part de celui qui se propose de changer le destin de la France.










Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire